
Ostad Elahi
Lorsque Ostad Elahi prenait son luth, une colombe passait la fenêtre, se posait près de son lit, restait immobile à l'écouter, et s'envolait à la dernière note. Cette histoire n'est pas tiré d'un ancien conte persan, elle est effectivement arrivée à ce maître soufi de l'Iran contemporain, mort en 1974. Considéré - dès son plus jeune âge - comme un virtuose du luth tanbûr et un musicien d'une inspiration exceptionnelle, des milliers de disciples accompagnèrent sa dépouille vers son tombeau, devenu aujourd'hui un haut lieu de pèlerinage. |
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LE SAMA DE LA COLOMBE
Ostad Elahi (photo à gauche) témoigne d'un exceptionnel niveau de sama. Ce mot arabe signifie l'Écoute en écho au shema hébraïque. Le sama désigne à la fois le rituel, musical et rythmique, et l'attitude intérieure de réceptivité à l'influx divin. La tradition soufie partage avec la tradition hébraïque ce postulat poétique qui fait du monde la matérialisation de la voix du Créateur, plaçant l'écoute comme la porte d'entrée vers l'intimité de la Présence. Tous les pratiquants soufis ne sont pas des virtuoses du tanbûr, mais tous connaissent la vertu du souffle rythmique pour transmuer le corps en onde dansant dans le flux divin. Jalâl al-Dîn Rûmi (Turquie) consacra ses plus beaux poèmes à la contemplation de cette beauté, sous la métaphore de la flûte de roseau.
Si la tradition soufie a généré des théologiens d'une subtilité et d'une richesse incomparable (Ibn 'Arabî), sa voie d'entrée n'est pas limitée à l'intellect, elle est fondée sur le transport amoureux (Rûmi). La Voix qu'il s'agit d'entendre est celle du Bien-Aimé et seule la force irrésistible de l'Amour, alors éprouvé, peut libérer l'âme de ses attaches charnelles et psychiques, lui permettant alors de communier à cet Amour brûlant par lequel le Créateur insuffle, à tout instant, la Vie à sa création.
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LE NOM SECRET
La dimension paradoxale de la pratique, stimulant le corps rythmiquement, parfois jusqu'au paroxysme, tout en impliquant l'intériorisation de l'attention, permet à la conscience de se propulser rapidement hors de ses limites ordinaires. Cette extase est alors polarisée par la répétition rythmique d'un, ou plusieurs, des quatre-vingt-dix-neuf Noms de Dieu, correspondant à quatre-vingt-dix-neuf attributs d'Allah. La puissance des élans du cœur, tant dans leur flux que leur reflux, peuvent soulever l'âme jusqu'en un lieu de souverain silence. Là, les 99 Noms de Dieu cèdent la place au 100 ième : le Nom secret, Celui que nul ne connaît sinon l'âme qui en est infusée, miraculeusement délivrée de ses opacités...
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Les 99 Noms de Dieu
La Rosace des 99 Noms de Dieu, illustre autant d'attributs : Le Dieu Absolu qui se révèle, Le Miséricordieux, Le Souverain, L’Infiniment Saint, etc. Le 100° Nom est au-delà de tout attribut. Il désigne par son secret, ce qui échappe à toute conceptualisation, la transcendance absolue. |
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Il y a de nombreuses confréries, chacune porteuse d'une saveur particulière, profitant parfois d'influences anciennes venues du chamanisme des peuples récemment islamisés, comme les Turcs où les habitants du Caucase. J'ai participé à des samas au Maroc, en Turquie, en Inde et au Québec parmi les Naqshbandi, les Alevi, les Bektashi, les Nématollahi et partout, sous les formes les plus diverses, le rituel vise la même cible : cet instant de silence qui pulse au cœur des sons comme au plus profond de l'oreille; cette interstice de vide fugace entre les pensées, les sensations, les perceptions, les atomes temporels; cette trouée de vide où le Nom secret se révèle comme ce flux subtil qui innerve l'univers, pénètre le cœur des choses et les fait tournoyer... |
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