SUR LES ROUTES DU MONDE

Notes d’un musicien

par Dominique BERTRAND

  DARHAMSALA                                      

août 1979

 

« ONLY ONE NOTE »

Darhamsala, août 1979 … Je venais de m’installer dans la petite chambre, après avoir vainement tenté de chasser des araignées plus grosses que mon poing (mais « parfaitement inoffensives », selon mon logeur), lorsque je l’ai entendue... D’abord, j’ai cru que c’était une voix, puis j’ai reconnu une flûte. J’ai laissé les araignées dormir, et me suis aventuré dans la nuit. C’était bien une flûte, mais jamais je n’avais entendu ça ! Le velours… La fluidité… La vigueur, la souplesse… Tout…

Lorsque j’ai soulevé le rideau, le vieux m’a fait signe impératif de m’asseoir dans un coin, avant de revenir à son élève. Le maître chantait, l’élève jouait la même chose, suivant chaque inflexion avec la même souplesse déconcertante. À la fin du cours, le vieux s’est tourné vers moi et m’a tendu une flûte en roseau. J’obtempérais et, passablement surpris, je réussis à en sortir un son. Son regard s’est éclairé, et il m’a aussitôt donné les premières instructions : quatre heures du matin, une seule note, jusqu’à ce que le soleil se lève… Quatre heures du mat ?

Pouvais-je dire non ? Les araignées dormaient toujours à la même place lorsque mon réveil sonna, et que j’empoignais ma flûte. Une note. Au début, ça à l’air facile. Au bout de dix souffles, c’était l’enfer… Plus de souffle, plus de son… Je respirais un bon coup, et recommençais. Mieux… Plus humble, et plus solide en même temps… Mais bientôt, me chatouilla l’envie d’entendre les autres notes : je levais un doigt… Aussitôt, des coups résonnèrent contre la cloison : le vieux ne dormait pas ! « Only one note ! Only one note ! ». J’ai obéi, à la fois choqué de sa brusquerie (en fait il m’avait fait peur, l’imbécile), et étrangement… stimulé ! Pendant dix bonnes minutes, je soufflais dans mon tuyau en pensant que l’Inde, c’était vraiment spécial. Puis je me suis lassé, mes paupières ont commencé à devenir lourdes… C’est le son de ma flûte qui m’a réveillé ! Une microseconde de sommeil, dont j’émergeais au cœur du son : le velours… Je sentais l’air vibrer, tiède sous mes doigts, et la rondeur du son devenait parfois majestueuse, pleine d’harmoniques ! Et la voix du vieux, derrière le mur : « Good ! Good ! ».

Cela faisait plus de dix ans que je vivais de la musique… Ce matin-là, je découvris cette évidence inouïe : c’est d’abord l’oreille qui fait le son, avant le souffle, avant les doigts… Only one note !!!

 

 

Le musicien voyageur est témoin privilégié de la vie qui se tisse au quotidien dans de nombreuses capitales du monde et dans des endroits dont on entend peu parler. L'humain, avec ou sans voix, aspire au bonheur. De tous les temps, dans l'histoire de la création du monde racontée à travers diverses croyances et cultures, le son joue un rôle de premier plan.

À bientôt pour d'autres aventures...

 

En quête de la parole...

 

Le Chant des harmoniques

 

Pour nous écrire » »


ACCUEIL
DOMINIQUE BERTRAND
PROCHAINS RENDEZ-VOUS
EXPLORATION SONORE ET MUSICALE
PUBLICATIONS
LE COLLOQUE D'ORPHÉE
LIVRE D'OR . COURRIEL
ÉCRITS D'UN VOYAGEUR
DESTINATIONS PROCHES (LIENS)

 

Tous droits réservés pour tous pays. Copyright Dominique Bertrand © 2001-2007

Site conçu et réalisé par Lise-Anne Blais Communications avec Michel Saint-Jean

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Site Meter