
Qu’apporte La Prière du Serpent
sur la place de l’homme dans la Parole ?
Elle vient rappeler que, dans la parole, nous ne sommes guère que des apprentis maladroits, et malgré tout porteur d’un pouvoir plus que précieux : celui de nommer les choses, et leurs rapports. Un pouvoir considérable, dont nous n’abordons guère que les rivages, ivres de nos possibilités mais aveuglés par elles.
Si l’on explore la logique du texte biblique, la création est cette part de la Parole créatrice qui dure, celle que les hommes expérimentent sous la forme de lois scientifiques. D’un certain point de vue, cette voix créatrice est ainsi asservie à la forme qu’elle génère et sous-tend jusqu’à la fin des temps.
Mais en même temps, elle possède une radiance irrésistible qui la fait se mouvoir au sein de sa propre immobilité (c’est là le secret du Nom de Dieu). En cette parole massive qu’est la matière de l’univers, la parole originelle se diffracte en formes de plus en plus subtiles, complexes (végétaux, animaux). C’est l’action de la Voix qui est comme exilée du créateur en sa création.
C’est en l’homme qu’elle peut retrouver sa dimension radio-active en se décollant de son asservissement, rendue à sa légèreté originelle. |