L'OFFRANDE DES RYTHMES
Le chamanisme a le privilège de nous renvoyer loin dans les mémoires ancestrales, aux temps où les arbres, les sources, les vents et les animaux parlaient : le temps des mythes. Comme pour toutes les traditions des Arts de l'Écoute, le chamanisme pose le son comme la substance la plus précieuse de l'univers, puisqu'elle sert d'interface entre le monde visible et le monde invisible. Matière première du chaman, le son de sa voix, celui de son tambour et de ses clochettes, sont autant d'éclats de cette substance dont les esprits raffolent et que le chaman leur offre en sacrifice, en échange de leur action bénéfique.
Tout le chamanisme pourrait ainsi être réductible à une vaste économie d'échange poétique entre les deux mondes, dont les chants et rythmes ancestraux constituent les articulateurs. Mais ceci n'est tenable qu'à condition de considérer une poésie censée avoir des effets sur le réel, une parole s'adressant - par delà la conscience - aux strates les plus profondes de l'inconscient, et capable de le mettre en mouvement. Une poésie opérative. Mais aussi une poésie tragique, car il ne faut pas oublier que le chamanisme, confronté aux puissances mimétiques du monde animal, est un monde de combat spirituel, semblable à la vie des chasseurs-cueilleurs que furent, un jour, nos ancêtres. |
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Le chaman entre les mondes
Comparer cette représentation d'un chaman amérindien avec la photo ci-dessous, représentant le Dieu Kernunos de la tradition celtique. Qu'il soit d'Amérique, d'Europe ou d'Asie, c'est de savoir participer des autres règnes de la nature que le chaman tient sa place, ambivalente, d'interface entre les mondes. |

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